Sur la trace des oiseaux de paradis
francois
Publié le 8 septembre 2026
L'Alentejo ne se livre pas facilement. Ici, la terre vibre sous un soleil d'albâtre, balayée par un vent tiède qui charrie l'odeur piquante des cistes et des eucalyptus séchés. C'est sur ce terrain de jeu brut et préservé que s'est élancée l'édition 2026 de la Gravel Birds : une boucle mythique de 726 kilomètres pour près de 9 000 mètres de dénivelé positif, traçant une ligne libre entre le Portugal profond et les déferlantes de l'Atlantique.
Chapitre 1 : Le chant des outardes et la terre ocre

Le grand départ est donné dans la pénombre feutrée de Castro Verde : KM 0 · Départ de Castro Verde. Une centaine de cyclistes venus des quatre coins d'Europe allument leurs loupiotes, le visage encore marqué par le sommeil. L'ambiance est calme, presque recueillie. Personne ne fanfaronne : chacun sait que l'Alentejo pardonne peu les excès d'optimisme des premières heures.

Dès les premiers kilomètres, le peloton s'étire sur les pistes blanches et rectilignes du Campo Branco KM 68 · Steppes du Campo Branco. Ces steppes herbeuses forment le sanctuaire de la grande outarde, le plus lourd oiseau volant du monde, emblème farouche de cette course. Par deux fois, le claquement d'ailes puissant d'un couple s'envolant au ras des graminées coupe le sifflement régulier de nos pneus larges sur le gravier tassé.
À mesure que l'après-midi avance, la température grimpe pour frôler les 32°C. Les pistes douces laissent place aux reliefs acérés du Parc Naturel du Guadiana : KM 164.5 · Parc Naturel du Guadiana. Les descentes deviennent cassantes, jonchées de schiste friable où chaque trajectoire réclame une concentration chirurgicale.
Après 205 kilomètres de poussière et de dents serrées, les murs chaulés et le château fort de Mértola émergent au détour d'un méandre KM 205 · Mértola la cité blanche. Dans une petite taverne encore ouverte, une assiette de porco preto et un litre d'eau pétillante font office de festin avant de glisser le duvet sous un auvent de bois.

Chapitre 2 : La fournaise du Sud et le parfum de l'océan
Quatre heures de sommeil réparateur, et les crampons mordent déjà la terre froide à 5h du matin. La sortie de Mértola grimpe sec sur les crêtes de la Serra KM 41.2 · Pistes de crête de Mértola. Les brumes matinales s'effilochent dans les vallons, offrant des panoramas féeriques à perte de vue.
Cette deuxième étape est le véritable juge de paix de la trace : plus de 3 300 mètres de dénivelé positif condensés sur 219 kilomètres. C'est un terrain en tôle ondulée infernale, où les pourcentages flirtent régulièrement avec les 15%.

Au cœur de la Serra do Caldeirão KM 50 · Serra do Caldeirão, chaque point d'eau devient un mirage convoité. Les bidons chauffent vite et l'eau tiède a le goût du plastique.
« En ultra-distance, ce n'est pas la force brute des quadriceps qui vous mène au bout, c'est l'obstination tranquille de refuser de poser le pied à terre quand le thermomètre s'affole et que l'horizon ondoie. »
Vers le milieu de la journée, le passage par les collines de Santa Clara KM 117.3 · Fournaise de Santa Clara marque l'acmé de la journée. Le schiste renvoie la chaleur comme une sole de four à pizza.

Mais passé le col de la frontière littorale KM 131.5 · Bascule vers le littoral, un miracle météorologique opère : l'air tiède cède la place à un flux marin vigoureux et salé.
L'arrivée à São Teotónio en fin de soirée est une délivrance. Les bras couverts de sel et la chaîne grinçante sont nettoyés à la station-service avant de sombrer dans une auberge de jeunesse locale.

Chapitre 3 : Les falaises sauvages de la Costa Vicentina

Le troisième jour est une ode à l'Atlantique. Fini les terres rouges et pelées : la trace plonge tête la première sur la côte ouest portugaise.
Dès l'aube, les falaises de Zambujeira do Mar KM 40 · Falaises de Zambujeira imposent leur majesté. Les vagues se fracassent cinquante mètres plus bas dans un grondement sourd. Le sentier oscille entre sections sablonneuses très techniques où il faut pousser avec énergie et singletracks sablés bordés de pins maritimes.

À Vila Nova de Milfontes KM 61.9 · Dunes de Vila Nova de Milfontes, l'estuaire du fleuve Mira offre une pause espresso bien méritée. Les touristes en terrasse observent avec curiosité nos vélos bardés de sacoches poussiéreuses et nos regards hagards mais rayonnants.
Le tracé oblique ensuite vers l'est pour replonger dans l'arrière-pays KM 72.4 · Retour dans les terres à Cercal. On retrouve les forêts de chênes-lièges dénudés jusqu'à mi-tronc, dont l'écorce rougeoyante évoque des corps en sueur.

La fin de journée est une chevauchée crépusculaire jusqu'à Almodôvar, concluant une troisième étape exigeante de 215 km.
Chapitre 4 : La nuit noire et la boucle bouclée

Pour l'ultime étape, pas question d'attendre la chaleur du jour. Le réveil sonne à 3 heures du matin.
En selle à 3h25 dans la nuit noire d'Almodôvar KM 17.9 · Nuit noire à Almodôvar. Rouler la nuit procure une sensation d'apesanteur absolue : le faisceau de la lampe torche découpe la piste dans un cône de lumière blanche où scintillent les yeux d'animaux nocturnes — renards, lièvres et chouettes effraies.
Vers 6 heures, les premières lueurs de l'aube embrasent le ciel au-dessus de la plaine de Castro Verde KM 65.8 · Plaine de Castro Verde au levant.

Les derniers kilomètres sont une délivrance euphorique. La fatigue accumulée s'évanouit alors que les tours de la basilique royale de Castro Verde apparaissent enfin à l'horizon : KM 81.9 · Finisher à Castro Verde !
726 kilomètres. 8 910 mètres de dénivelé positif. Le compteur s'arrête, la bière Super Bock coule à flots sur la place du village, et les sourires poussiéreux scellent les amitiés nouées sur la piste.
Carnet pratique & ressources
Vidéo récap : visionnez la vidéo officielle de l'épreuve sur YouTube pour vous imprégner de l'ambiance
Vélo & pneumatiques : cadre gravel acier, pneus tubeless en 700x45c à 2.0 bars (indispensable pour le schiste cassant et le sable côtier)
Braquet : monoplateau 40 dents x cassette 10-52 (les rampes à 15% après 180 km sont impitoyables)
Gestion de l'eau : 2 bidons de 750 ml + poche à eau de 1.5L dans le cadre pour les traversées arides
Photos & Vidéos du parcours
Gravel Birds J1
Gravel Birds J1